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Chapitre 2 Comment les marchés imparfaitement concurrentiels fonctionnent-ils ?

2.1 Sensibilisation générale

Apple et Tesco, des entreprises aux stratégies différentes

Apple fixe des prix élevés pour ses iPhone et iPad afin d’augmenter ses profits. Fixer des prix élevés est l’une des stratégies possibles pour une entreprise cherchant à maximiser ses profits – une autre consisterait à baisser les prix pour attirer un plus grand nombre de clients. Dans le cas d’Apple, même si le prix élevé peut attirer un faible nombre de clients, le profit réalisé sur chaque vente est si important que le profit total est finalement élevé.

D’autres entreprises adoptent des stratégies différentes. L’histoire de l’entreprise de la grande distribution Tesco, fondée en 1919 par Jack Cohen, en est une parfaite illustration. Entre avril 2010 et mars 2012, le profit sur chaque bien vendu par Tesco représentait entre 6 et 6,5 % du prix de vente. À la même période, le profit unitaire réalisé sur la vente des iPhone d’Apple se situait entre 49 et 58 %.

Fondée en 1962, Walmart est une entreprise états-unienne opérant dans le secteur de la grande distribution. En 2018, elle comptait plus de 11 200 magasins (supermarchés, hypermarchés et magasins multicommerces) dans 27 pays et des sites de commerce en ligne dans 10 pays, et employait plus de 2,2 millions de personnes dans le monde. Avec un chiffre d’affaires de 500,3 milliards de dollars pour l’exercice 2018, Walmart est le plus grand détaillant au monde.

« Faites de grandes piles et vendez à bas prix », telle était la devise de Jack Cohen. Il démarra sa carrière en 1919 comme négociant ambulant dans le quartier de l’East End de Londres et ouvrit dix ans plus tard son premier magasin Tesco, qui imitait les stands d’un marché puisqu’il était ouvert. Dans les années 1950, Jack Cohen commença à ouvrir des supermarchés sur le modèle américain.

Aujourd’hui, la stratégie de fixation des prix de Tesco vise tous les consommateurs du marché quel que soit leur niveau de revenu, en labellisant certains produits de sa propre marque comme étant de qualité supérieure et en vendant d’autres produits à un bon rapport qualité-prix. Les trois commandements de Tesco peuvent se résumer ainsi : « être partout », « vendre de tout » et « vendre à tout le monde ». Au Royaume-Uni, sur 9 £ (livre sterling) dépensées dans un magasin, 1 £ l’est dans un magasin Tesco. L’entreprise s’est aussi développée à l’international dans les années 1990. En 2014, les profits de Tesco étaient supérieurs à ceux de tout autre distributeur au monde, à l’exception de Walmart.

Exercice 2.1 Questions sur la sensibilisation

  1. Quel est le point commun entre ces deux entreprises ?
  2. En quoi peut-on dire que ces deux entreprises ont des stratégies différentes en termes de prix ?
  3. Démontrez que ces deux entreprises fixent stratégiquement leurs prix et ne sont pas preneuses de prix price takers.
pouvoir de marché
Capacité d’un offreur à déterminer librement le prix de son produit du fait d’une imperfection du marché.
entente
Accord ou action concertée qui a un effet anticoncurrentiel sur un marché de produits ou de services. Une entente illicite entre entreprises peut prendre diverses formes : écrite ou orale, expresse ou tacite, horizontale entre concurrents sur un même marché ou verticale. Voir également : cartel.
barrières à l’entrée
Obstacles s’opposant à l’apparition de nouveaux producteurs concurrents sur un marché, en contradiction avec l’hypothèse de fluidité de la concurrence parfaite. Il existe deux types de barrières à l’entrée : les barrières structurelles et les barrières stratégiques.
monopole
Structure de marché caractérisée par deux éléments, à savoir un seul producteur sans concurrent sur le marché qui vend un produit unique indifférencié. Voir également : concurrence parfaite, degré de concurrence, preneur de prix.
faiseur de prix
En situation de concurrence imparfaite où la part du marché d’un offreur est suffisamment importante qu’il peut influencer le prix qui se fixe sur le marché. Connu également sous le terme : price maker. Voir également : monopole, monopole d’innovation, monopole institutionnel, monopole naturel.
monopole naturel
Monopole provenant de conditions de production (économies d’échelle) qui favorisent l’entreprise produisant le plus. Voir également : économie d’échelle.
monopole institutionnel
Monopole établi par une décision des pouvoirs publics même s’il peut être exercé par une entreprise privée.
monopole d’innovation
Monopole temporaire d’une entreprise qui est la seule à offrir un produit nouveau (ou avec une caractéristique nouvelle) ou qui a protégé son innovation par un droit de propriété intellectuelle.
oligopole
Marché ne comptant que quelques offreurs (entreprises).
dilemme du prisonnier
En théorie des jeux, situation montrant que la recherche par chacun de son intérêt personnel peut conduire à une situation sous-optimale. Deux conditions sont nécessaires au déroulement du jeu : chaque joueur est incité à choisir un comportement qui lui est bénéfique au détriment de l’autre joueur, et quand les deux joueurs agissent de la sorte, les deux se retrouvent dans une situation moins satisfaisante que s’ils avaient choisi un autre comportement. Voir également : meilleure réponse, stratégie dominante.
politique de la concurrence
Politique économique structurelle qui vise à limiter le pouvoir de marché des entreprises.
fusion-acquisition
Rachat d’une entreprise par une autre, que ces deux entreprises soient similaires, complémentaires ou distinctes. Il s’agit pour les entreprises d’accroître par ce biais leur chiffre d’affaires et leur profit. Voir également : profit.
position dominante
Position de puissance économique détenue par une entreprise qui lui permet de se comporter indépendamment de ses concurrents sur un marché donné. Voir également : degré de concurrence.
Objectifs d’apprentissage (programme) Plan du chapitre
Comprendre, à l’aide d’exemples, les principales sources du pouvoir de marché (nombre limité d’offreurs, ententes et barrières à l’entrée). Section 2.2 Quelles sont les principales sources du pouvoir de marché ?
Comprendre que le monopole est faiseur de prix et être capable de donner des exemples de monopoles (monopole naturel, institutionnel et d’innovation).
Comprendre, à l’aide de représentations graphiques et/ou d’un exemple chiffré, que l’équilibre du monopole n’est pas efficace.
Section 2.3 Quelles sont les caractéristiques d’une situation de monopole ?
Comprendre ce qu’est un oligopole et, à l’aide du dilemme du prisonnier, pourquoi les firmes en oligopole ont intérêt à former des ententes. Section 2.4 Quelles sont les caractéristiques d’une situation d’oligopole ?
Comprendre que la politique de la concurrence, en régulant les fusions-acquisitions et en luttant contre les ententes illicites et les abus de position dominante, augmente le surplus du consommateur. Section 2.5 Comment justifier la politique de la concurrence ?

Tableau 2.1 Objectifs d’apprentissage et plan du chapitre.

2.2 Quelles sont les principales sources du pouvoir de marché ?

pouvoir de marché
Capacité d’un offreur à déterminer librement le prix de son produit du fait d’une imperfection du marché.


Objectif : Comprendre d’où provient le pouvoir de marché et savoir le définir.

Pourquoi les offreurs, s’ils sont en nombre limité, disposent-ils d’un pouvoir de marché ?


Objectif : Montrer que les offreurs en situation d’oligopole (c’est-à-dire en nombre limité) disposent d’un pouvoir de marché, et ce, même sans entente.

Lorsque sur un marché existent un grand nombre d’offreurs et un grand nombre de demandeurs, aucun agent n’est en mesure d’avoir une influence sur les prix du marché. Nous l’avons compris dans le Chapitre 1 (Comment un marché concurrentiel fonctionne-t-il ?), les agents sont alors preneurs de prix ou price takers. Si l’une de ces entreprises augmentait le prix de ses produits sur ce marché, elle perdrait rapidement sa clientèle.

Parts de marché des opérateurs de téléphonie mobile (2017).

Graphique 2.1 Parts de marché des opérateurs de téléphonie mobile (2017).

Enquête Que Choisir, réalisée en décembre 2017.

En revanche, il y a des marchés où il n’existe qu’un petit nombre d’offreurs et un grand nombre de demandeurs. C’est le cas, par exemple, comme nous le montre le Graphique 2.1, pour le marché du haut et très haut débit en France. En effet, en 2017, on observe que le marché est principalement partagé par quatre opérateurs avec un opérateur dominant : le groupe Orange qui à lui seul détient 40,2 % des parts de marché. Dans ce cas, l’hypothèse d’atomicité de la concurrence pure et parfaite n’est plus vérifiée : on parle alors d’oligopole. Dans ce type de marché, on peut parler généralement d’une concurrence entre les producteurs, même si le degré de concurrence est plus limité que celui qui prévaut en concurrence parfaite. Cette concurrence plus limitée peut alors amener à des prix plus élevés.

Par ailleurs, sur un marché en oligopole, chaque entreprise peut observer plus facilement les stratégies d’innovations de produits ou de procédés, d’investissement, de localisation des sites de production, de publicité mises en œuvre par ses principaux concurrents et réagir à ces dernières. De même, chaque entreprise peut chercher à mettre en place ses propres stratégies de développement, en tenant compte du fait que ses principaux concurrents vont eux-mêmes réagir à ses actions. Là encore, par ses actions, l’entreprise a une influence sur le marché : elle essaie de limiter la concurrence et de maîtriser les prix de ses produits.

On peut penser ici au marché des smartphones, marché sur lequel les deux principaux fabricants que sont Apple et Samsung se livrent « une guerre sans merci » en termes d’innovations. Les fabricants des smartphones se sont récemment lancés dans une nouvelle course, celle pour le lancement d’un appareil pliable. Le premier acteur à se présenter a été le fabricant chinois Royole, en novembre 2018, avec son modèle Flexipai. Il a été rapidement suivi, en février 2019, par le fabricant sud-coréen Samsung avec son modèle Galaxy Fold et par Huawei, un autre fabricant chinois. Alors qu’ils pouvaient attendre le Mobile World Congress, l’occasion traditionnelle pour dévoiler de nouveaux produits mobiles, Royole, Samsung et Huawei ont choisi de présenter leur modèle avant. Dans une telle industrie, ce n’est pas le succès commercial, du moins dans un premier temps, que visent les principaux concurrents.

Question 2.1 Choisissez les bonnes réponses

Parmi les marchés suivants, lesquels sont, en France, des oligopoles ?

  • Le marché des véhicules neufs
  • Le marché des fruits et des légumes
  • Le marché de la coiffure
  • Le marché des eaux minérales
  • En France, il y a seulement un petit nombre de constructeurs automobile parmi lesquels on peut citer Renault ou Peugeot-Citroën. Le marché est également constitué de véhicules de marques étrangères qui sont également en nombre limité.
  • Le marché des fruits et légumes est un marché qui se rapproche du modèle de concurrence parfaite avec un nombre très important de producteurs et de vendeurs de fruits et légumes.
  • Le marché de la coiffure est un marché qui se rapproche du modèle de concurrence parfaite avec un nombre très important de magasins de coiffure.
  • En France, le marché des eaux minérales est dominé par un petit nombre de groupes. Trois groupes détiennent près de 80 % de parts de marché.

Exercice 2.2 Oligopoles

Au-delà du marché des smartphones, cherchez d’autres marchés en situation d’oligopole où les entreprises se livrent à une concurrence « féroce ».

Pourquoi les offreurs ont-ils intérêt à former des ententes pour renforcer leur pouvoir de marché ?


Objectif : Comprendre à partir d’exemples simples que les entreprises peuvent s’entendre pour renforcer leur pouvoir de marché permis par la structure de l’oligopole.

Un faible nombre d’entreprises peuvent former une entente afin d’aboutir à des prix plus élevés que ceux qui prévaudraient en situation de concurrence. Nous étudierons dans la Section 2.4 les mécanismes sous-jacents à ces ententes.

Ces ententes peuvent prendre plusieurs formes. Les entreprises peuvent donc décider de :

Par conséquent, en s’entendant ainsi, elles se comportent à la manière d’un monopole ; au lieu de se faire concurrence, elles parviennent à une situation de « faiseur de prix » dans le but d’augmenter leurs profits. Bien que les ententes entre entreprises privées soient illégales dans de nombreux pays, les entreprises trouvent souvent le moyen de coopérer pour devenir faiseuses de prix et ainsi de maximiser leurs profits.

Exercice 2.3 Pouvoir de marché

Après avoir regardé les vidéos suivantes, vous expliquerez en quoi les entreprises citées ont exercé un pouvoir de marché au détriment des consommateurs.

  1. Décembre 2005 : Entente sur le marché de la téléphonie mobile
  2. Décembre 2011 : Cartel des lessives
  3. Décembre 2014 : Ententes entre fabricants des produits d’hygiène et d’entretien vendus en grande surface
  4. Mars 2015 : Cartel dans le secteur des produits laitiers frais (yaourts, fromages blancs, desserts lactés, etc.)

Comment les barrières à l’entrée permettent-elles aux offreurs d’obtenir un pouvoir de marché ?


Objectifs : Distinguer les barrières à l’entrée structurelles (exemple : monopole naturel) et les barrières stratégiques qui résultent des stratégies d’entreprise (exemple : stratégie d’innovation). Montrer par le biais d’exemples en quoi ces barrières à l’entrée permettent aux offreurs d’obtenir un pouvoir de marché.

Le pouvoir de marché peut également résulter de barrières à l’entrée. Une barrière à l’entrée peut se définir comme l’ensemble des obstacles qui empêchent l’entrée de concurrents sur le marché. Certaines barrières à l’entrée sont dites « structurelles » – elles sont favorables aux entreprises sans que celles-ci en soient à l’origine – tandis que d’autres résultent des stratégies d’entreprises – elles sont donc dites « stratégiques ».

Les barrières à l’entrée de nature structurelle

barrières à l’entrée structurelles
Obstacles qui existent indépendamment de la volonté des acteurs. Elles reflètent les spécificités d’un marché donné et relèvent souvent des coûts fixes élevés (par exemple, de recherche-développement ou de construction). Les monopoles naturels existent en raison de ce type de barrière à l’entrée. Voir également : barrières à l’entrée, barrières à l’entrée stratégiques.

Une barrière à l’entrée structurelle est une barrière qui existe indépendamment de la volonté des entreprises. On peut citer à ce sujet le cas des monopoles naturels. Les activités de réseaux, comme la distribution d’électricité aux ménages, exigent un énorme investissement qu’est la construction du réseau lui-même, auquel chaque consommateur pourra être raccordé à un coût très réduit. Cet investissement est nécessaire quel que soit le nombre de ménages qui s’y raccorderont, c’est un coût fixe.

La première entreprise ayant réalisé un réseau va naturellement se trouver en monopole, car son coût marginal est décroissant (le coût variable, à savoir le raccordement au réseau – cas de l’électricité ou des télécommunications – ou de l’utilisation du réseau – cas des chemins de fer – est très faible, tandis que le coût fixe très élevé est divisé par une quantité croissante de ménages qui deviennent clients et sont donc raccordés au réseau ou utilisent ce dernier). Ainsi, cette entreprise peut être en mesure de fixer des prix plus bas pour empêcher d’autres concurrents éventuels d’entrer sur le marché ; elle a donc un pouvoir de marché.

Par la suite, l’entreprise, puisqu’elle est seule sur le marché, peut déterminer le prix auquel sera vendu le bien ou le service. Son pouvoir de marché peut s’avérer considérable.

Question 2.2 Choisissez les bonnes réponses

Parmi les cas suivants, lesquels relèvent historiquement d’une logique de monopole naturel ?

  • La production d’électricité
  • La production d’avions civils
  • La production de services ferroviaires
  • La production de téléviseurs
  • Compte tenu des coûts fixes élevés que nécessite la construction d’un réseau électrique, la production d’électricité est historiquement un monopole naturel, dont l’entreprise EDF était l’opérateur historique.
  • La production d’avions civils ne relève pas d’une logique de monopole naturel. Les coûts fixes certes très élevés ne le sont pas suffisamment pour empêcher le fait que l’activité de plusieurs producteurs soit rentable. Ce marché est un oligopole.
  • Compte tenu des coûts fixes élevés que nécessite la construction d’un réseau ferroviaire, la production de services ferroviaires est historiquement un monopole naturel, dont l’entreprise SNCF était l’opérateur historique.
  • La production de téléviseurs ne relève pas d’une logique de monopole naturel. Les coûts fixes ne sont pas suffisamment élevés pour empêcher le fait que l’activité de plusieurs producteurs soit rentable. Ce marché est un oligopole.

Comprenons l’importance que peuvent représenter pour certaines entreprises les coûts fixes. Par exemple, dans le cas de la SNCF (Graphique 2.2), les coûts fixes sont induits par la nécessité pour l’entreprise de construire un réseau ferroviaire avant même de transporter le moindre voyageur.

Coût de construction par kilomètre des lignes à grande vitesse (LGV) en France (2014).

Graphique 2.2 Coût de construction par kilomètre des lignes à grande vitesse (LGV) en France (2014).

Cour des comptes (2014). « La grande vitesse ferroviaire : un modèle porté au-delà de sa pertinence ». Rapport public thématique.

Exercice 2.4 Coûts fixes comme barrière à l’entrée structurelle

Faisons des calculs :

  1. Combien a coûté chaque kilomètre pour construire la LGV Paris-Lyon ? et la LGV Est ?
  2. Le projet Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon (POCL) consiste à relier Paris à Lyon par une ligne nouvelle à grande vitesse (LGV) de près de 500 kilomètres passant par les régions Auvergne, Bourgogne et Centre ; le coût de ce projet est compris entre 12 et 14 milliards d’euros1. Que représente cette somme pour le maître d’ouvrage SNCF Réseau ?
  3. Si finalement le projet s’avère coûter 13 milliards d’euros, calculez le coût par kilomètre de cette nouvelle ligne à grande vitesse.

Les entreprises en situation de monopole peuvent, pour un même bien ou un même service, pratiquer des prix différents. Dans ce cas, on dit que l’entreprise segmente son marché en fonction des différents profils d’acheteurs. À titre d’exemple, nous vous proposons de regarder le schéma résumant l’offre de la SNCF (Illustration 2.1).

L’offre de la SNCF (avril 2019).

Illustration 2.1 L’offre de la SNCF (avril 2019).

© Adapté du site internet de la SNCF, Les tarifs TGV, consulté en avril 2019.

Exercice 2.5 Monopole et pouvoir de marché

Après avoir regardé l’Illustration 2.1 résumant l’offre de la SNCF, réfléchissez aux questions suivantes :

  1. Pourquoi peut-on parler de pouvoir de marché de la SNCF ?
  2. Quel est l’objectif de la segmentation que met en œuvre cette entreprise ? Pensons à utiliser les notions de surplus du consommateur et de surplus du producteur.

Les barrières à l’entrée de nature stratégique

barrières à l’entrée stratégiques
Obstacles introduits par d’autres acteurs au sein d’un marché pour empêcher l’entrée des concurrents (par exemple, via le marketing, le développement d’innovation ou les prix prédateurs). Voir également : barrières à l’entrée, barrières à l’entrée structurelles, prix prédateurs.
prix prédateurs
Prix très bas introduits par une entreprise dans le but d’évincer la concurrence ou de la dissuader d’entrer sur un marché donné. Une fois la concurrence éliminée, l’entreprise peut alors remonter ses prix et récupérer les pertes consenties pendant la première phase, au détriment du consommateur. Voir également : barrières à l’entrée, barrières à l’entrée stratégiques, monopole.
brevet
Protection d’une innovation technique, c’est-à-dire un produit ou un procédé qui apporte une nouvelle solution technique à un problème technique donné. Une entreprise qui dépose un brevet obtient un monopole d’exploitation sur le territoire pour une durée maximale de 20 ans.

En revanche, une barrière à l’entrée stratégique relève de la volonté d’une ou de plusieurs entreprises : on peut citer les stratégies d’innovation de produits ou de procédés des entreprises ou encore les stratégies de prix prédateurs.

Par exemple, le 14 mars 2007, le Conseil de la concurrence a sanctionné le laboratoire Glaxo Wellcome France (devenu aujourd’hui GlaxoSmithKline) pour avoir freiné l’arrivée des médicaments génériques en milieu hospitalier au travers d’une politique prédatrice menée sur le prix d’un antibiotique injectable (le céfuroxime sodique).

Nous allons ici nous intéresser aux entreprises qui vont chercher à obtenir un pouvoir de marché en mettant en œuvre une stratégie basée sur l’innovation de produit. En effet, une entreprise ayant inventé un nouveau produit ou ayant amélioré un produit déjà existant peut déposer un brevet2 sur son innovation. Le brevet va permettre à l’entreprise de détenir temporairement le monopole de l’exploitation du bien ou du service nouvellement créé ou amélioré. Elle peut alors fixer le prix de ce produit ou de ce service pour lequel elle détient un monopole temporaire. Ainsi, grâce à son innovation de produit l’entreprise détient un pouvoir de marché.

L’histoire abrégée d’un “pionnier innovateur”

En 1857, à Selongey, une petite ville de Bourgogne, Antoine Lescure, rétameur, ouvre un atelier de ferblanterie. L’entreprise fabrique alors des objets manufacturés en « fer-blanc » comme des moules à gâteaux, des passoires ou encore des articles de laiterie. L’entreprise, dont la vocation est d’équiper les foyers en appareils domestiques neufs, est reprise de père en fils et se développe lentement. Toutefois, au début du 20e siècle, l’achat d’une presse à emboutir permet la mécanisation de la production qui conduit non seulement à l’amélioration de la qualité des produits fabriqués, mais également à l’accroissement des quantités produites et, ainsi, à la diminution du coût moyen. La croissance de l’entreprise s’accélère.

En 1944, l’entreprise prend le nom de SEB : « Société d’emboutissage de Bourgogne ». Mais c’est véritablement en 1953 qu’elle va connaître un essor important avec son innovation majeure qui est l’invention d’un autocuiseur révolutionnaire, la « Cocotte Minute ». En 1962, SEB lance son tout premier appareil électrique, à savoir la cafetière électrique SEB. En 1967, l’entreprise invente la friteuse à bain d’huile sans odeur et, en 1970, SEB crée le grille-pain tout automatique. En 1973, c’est la création du groupe SEB, après l’acquisition de l’entreprise Tefal en 1968 et de Calor en 1972. À partir de cette date et après son introduction en Bourse en 1975, le groupe ne cesse de s’agrandir.

En 1987, SEB commercialise un ultra-cuiseur Sensor puis lance sur le marché une cocotte révolutionnaire, la Clipso, en 1990. En 1994, SEB lance le premier cuit-vapeur électrique. Aujourd’hui, le groupe SEB est le numéro un mondial du petit électroménager. Il a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 6,8 milliards d’euros pour un bénéfice de 419 millions d’euros. Aujourd’hui, pas moins de 22 marques appartiennent au groupe SEB parmi lesquelles Calor, Krups, Moulinex, Rowenta ou Tefal. En 2018 le groupe SEB a déposé 492 brevets dans le monde.

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Exercice 2.6 Innovation comme barrière à l’entrée stratégique

Montrez à l’aide de l’exemple du groupe SEB que l’innovation peut permettre à une entreprise d’obtenir un pouvoir de marché en constituant une barrière à l’entrée de nature stratégique.

Les entreprises cherchent donc parfois à limiter les effets de la concurrence, à lui échapper et à fixer plus librement les prix de leurs produits. Si elles y parviennent, elles détiennent un pouvoir de marché et deviennent price maker. Ce pouvoir de marché est facilité par les imperfections du marché : une faible atomicité de l’offre, des ententes entre offreurs ou des barrières à l’entrée de nouveaux offreurs.

Synthèse

En situation d’oligopole, les offreurs, puisqu’ils sont en nombre limité, disposent d’un pouvoir de marché, et ce, même sans entente. En effet, la concurrence entre les entreprises est moins intense qu’elle ne l’est en concurrence parfaite. Les entreprises peuvent mieux observer les stratégies de leurs concurrents et y répondre. En situation d’oligopole, le pouvoir de marché des offreurs s’accroît lorsque ces derniers décident de s’entendre. À ce niveau, les entreprises peuvent décider de maintenir ou de fixer des prix plus élevés que ceux qui prévaudraient en situation de concurrence. Elles peuvent aussi se répartir les clients et les territoires et ainsi décider de ne pas se livrer à une guerre des prix. Enfin, elles peuvent de manière concertée fixer les quantités produites, ce qui a pour effet, toutes choses égales par ailleurs, d’accroître les prix.

Une autre source de pouvoir de marché concerne les barrières à l’entrée qui peuvent exister sur un marché. À ce propos, on distingue les barrières à l’entrée structurelles et les barrières à l’entrée stratégiques. Ainsi, il y a des barrières à l’entrée structurelles qui sont à l’origine, par exemple, de l’existence de monopoles naturels, ou des barrières à l’entrée stratégiques qui peuvent donner lieu, par exemple, à l’apparition de monopole d’innovation. Dans les deux cas, le pouvoir de marché de l’entreprise est considérable puisque, seule présente sur le marché, elle peut fixer le prix et les quantités offertes.

2.3 Quelles sont les caractéristiques d’une situation de monopole ?

Quels sont les différents types de monopole ?


Objectif : Illustrer à partir d’exemples les différents types de monopole : monopole naturel, monopole institutionnel et monopole d’innovation.

Dans le Chapitre 1 (Comment un marché concurrentiel fonctionne-t-il ?), nous avons examiné des marchés sur lesquels de nombreux acheteurs (demandeurs) ainsi que de nombreux vendeurs (offreurs) interagissent, et nous avons montré que les uns et les autres se trouvaient en situation de « preneur de prix », le prix de marché s’imposant à eux. Dans cette section, nous nous intéressons au cas d’un marché dont l’offre provient d’une seule et même entreprise : cette structure de marché s’appelle le monopole.

Les monopoles naturels

Nous avons vu qu’il existait des monopoles naturels dans la mesure où certaines activités nécessitaient des coûts fixes très élevés et présentaient des coûts variables faibles. Or, comme ces coûts fixes d’installation sont très élevés, seules des entreprises de très grande taille peuvent en assumer la charge.

économie d’échelle
La baisse du coût moyen lorsque les quantités produites augmentent. Cela peut relever des coûts fixes qui sont identiques, quel que soit le niveau de production (par exemple, liés au bâtiment ou aux machines utilisées). Voir également : barrières à l’entrée, barrières à l’entrée stratégiques.

Par ailleurs, une fois une entreprise entrée sur le marché, elle bénéficie d’économies d’échelle : l’accroissement de son niveau de production lui permet de baisser son coût unitaire de production.

Le coût de production total d’une entreprise se décompose en coûts fixes et en coûts variables. Lorsque le volume de production s’accroît, seuls les coûts variables augmentent, si bien que le coût unitaire de production diminue.

Dès lors, l’entreprise déjà présente sur le marché (ayant donc déjà amorti en partie ses coûts fixes et dont le coût moyen de production a baissé) peut empêcher toute autre entreprise d’entrer sur le marché.

En effet, si une entreprise désire entrer sur le marché, l’entreprise déjà présente pourra fixer un niveau de prix plus faible que celui nécessaire à sa concurrente potentielle pour rentabiliser son investissement.

Par ailleurs, compte tenu de la présence d’économies d’échelle, une seule entreprise peut fournir le marché entier à un coût plus faible que deux ou plusieurs entreprises.

Dans ce cas, l’entreprise étant la seule présente sur le marché, son pouvoir de marché peut s’avérer en théorie considérable : elle est en effet en mesure de déterminer le prix auquel sera vendu le bien ou le service.

Le Graphique 2.3 illustre une telle situation de monopole naturel en utilisant l’exemple du tunnel sous la Manche.

Graphique 2.3 L’exemple du tunnel sous la Manche.

Le coût fixe

L’entreprise GetLink a creusé un tunnel sous la Manche, dont la construction lui a coûté 12 000 000 000 €. Le coût du creusement du tunnel ne va pas changer dans le temps, quel que soit l’éventuel nombre de passagers. Il s’agit donc d’un coût fixe.

Graphique 2.3a

Le coût variable

GetLink assure également l’exploitation du trafic du tunnel sous la Manche, qui lui coûte 10 € par passager. Ces coûts (électricité, sécurité, entretien…) évoluent avec le nombre de passagers. Il s’agit donc d’un coût variable.

Graphique 2.3b

Le coût total

Le coût total comprend à la fois le coût fixe et le coût variable. Il augmente avec le nombre de passagers. Il augmente beaucoup moins vite que le nombre de passagers, car le principal coût de production est le coût fixe.

Graphique 2.3c

Le coût moyen

Le coût moyen est le coût total divisé par le nombre de passagers. GetLink a transporté 300 millions de passagers les vingt premières années. Comment ont évolué le coût total et le coût moyen avec cette augmentation de 30 à 300 millions de passagers transportés ?

Graphique 2.3d

L’évolution du coût moyen

En passant de 30 à 300 millions de passagers, le coût variable est multiplié par 10 tandis que le coût fixe reste identique. Ainsi, le coût moyen baisse beaucoup lorsque le nombre de passagers augmente. Quand les coûts fixes sont élevés, l’entreprise réalise donc des économies d’échelle.

Graphique 2.3e

Un nouveau concurrent

Imaginons une entreprise, que nous nommerons NéoTunnel, qui souhaite construire un tunnel concurrent alors que GetLink a déjà fait voyager 300 millions de passagers en 20 ans. Si NéoTunnel espère obtenir 30 millions de passagers en 6 ans, peut-elle être compétitive ? NéoTunnel ne peut pas fixer un prix inférieur à son coût moyen de 410 € alors que GetLink peut descendre jusqu’à 50 €. De nouveaux concurrents ne peuvent pas, donc, entrer sur le marché.

Graphique 2.3f

L’efficacité du monopole naturel

Quelle est la meilleure solution pour transporter 300 millions de passagers sous la Manche ? Le monopole actuel de GetLink ou une concurrence entre GetLink et NéoTunnel ? Le coût total de la production offerte sur le marché est plus bas s’il y a un seul offreur plutôt que plusieurs. Ainsi, on parle de monopole naturel.

Graphique 2.3g

On parle de monopole naturel parce que les conditions techniques de production conduisent au monopole de la plus grande entreprise présente sur le marché et que le coût total de la production offerte sur le marché est plus bas s’il y a un seul offreur plutôt que plusieurs offreurs.

Les monopoles institutionnels

licence
Autorisation administrative accordée pour un territoire spécifique en fonction du nombre d’habitants.

Le monopole institutionnel provient d’une décision des pouvoirs publics. Ils décident d’accorder à une entreprise le droit exclusif de produire un bien ou un service ou de le produire eux-mêmes. Ce monopole peut s’exercer sur un territoire délimité (par exemple la licence accordée par l’Agence régionale de santé pour créer une pharmacie). Les pouvoirs publics sont à l’origine de ces monopoles institutionnels pour trois types de raisons :

Question 2.3 Choisissez la bonne réponse

Parmi les cas suivants, lequel correspond à une mission de service public et évite que des entreprises en situation de monopole naturel n’abusent de leur position dominante ?

  • La Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (SEITA) jusqu’en 1970
  • Le transport scolaire dans une zone géographique donnée
  • Le transport et la distribution de l’électricité en France
  • L’achat du gaz à usage domestique
  • La SEITA est considérée comme un bien stratégique, mais n’avait pas de mission de service public et ne constituait pas une situation de monopole naturel.
  • Bien que le transport scolaire relève d’une mission de service public, il ne constitue pas une situation de monopole naturel.
  • En France, le transport comme la distribution de l’électricité sont un service public. En outre, ils constituent une situation de monopole naturel en raison des barrières à l’entrée liées à la construction du réseau, comme dans l’exemple du tunnel sous la Manche, ce qui peut conduire à un abus de position dominante.
  • La production de gaz est une situation de monopole naturel (en raison des barrières à l’entrée structurelles). En revanche, sa distribution peut être concurrentielle, car plusieurs entreprises peuvent distribuer une même production. De plus, en France la distribution de gaz est un service public.

Les monopoles d’innovation

Lorsqu’une entreprise invente un nouveau produit, elle est en situation de monopole pendant le temps qui sera nécessaire à des imitateurs pour mettre au point des produits équivalents qui lui feront concurrence. Si elle utilise cette période pour continuer à innover avec succès, elle maintient son monopole d’innovation.

Cependant, elle peut aussi prolonger cette période de monopole grâce au dépôt d’un brevet ou à l’utilisation des lois relatives à la propriété intellectuelle. Le monopole d’innovation acquiert alors aussi une dimension institutionnelle, car cette protection supplémentaire n’est due qu’à la loi (20 ans sur la plupart des brevets).

rente de monopole
Surplus du producteur relevant d’une situation de concurrence imparfaite où le producteur peut fixer un prix supérieur au prix de marché en situation de concurrence parfaite. Voir également : concurrence parfaite, faiseur de prix, monopole, surplus du producteur.

Ainsi, une entreprise innovante maintient des prix et des profits élevés tant qu’elle est la seule à utiliser la nouvelle technologie. On parle alors de rente de monopole. Après le développement par Toyota en 1997 de la Prius, la première voiture hybride produite à grande échelle, plusieurs années se sont passées sans qu’existent vraiment de modèles concurrents comparables sur le marché. Toyota a ainsi efficacement monopolisé le marché des hybrides. Ce n’est qu’à partir de 2003 que plusieurs marques lui ont fait une concurrence plus pressante, mais la Prius est restée leader sur le marché avec plus de 50 % des ventes.

Exercice 2.7 Monopole d’innovation dans la propriété industrielle

Adapté du site internent de l’INPI, ‘Chiffres-clés de la propriété industrielle : des dépôts de marques record en 2018.’, publié le 22 janvier 2019.

Quelles autres formes de protection de la propriété intellectuelle que les brevets peuvent être à l’origine d’un monopole d’innovation ?

En quoi le monopole est-il faiseur de prix ?


Objectif : Définir faiseur de prix (choix d’une combinaison prix et quantité) et distinguer faiseur de prix et preneur de prix.

Alors que dans le Chapitre 1 (Comment un marché concurrentiel fonctionne-t-il ?) le modèle présenté mettait en scène des entreprises preneuses de prix, dans le modèle présenté dans le chapitre-ci une entreprise peut disposer d’un pouvoir de marché tel que celui de pouvoir fixer son propre prix (situation de « faiseur de prix »).

Vous êtes toujours le propriétaire de l’entreprise Supers Jets qui se trouve désormais en situation de monopole. Votre entreprise doit donc désormais satisfaire à elle seule la demande d’avions privés.

L’entreprise Supers Jets est donc désormais price maker, c’est-à-dire qu’étant seule sur le marché elle peut décider de fixer son prix comme elle le souhaite. Cependant, le niveau du prix qu’elle fixera aura des effets sur les quantités demandées, c’est-à-dire sur le nombre d’avions qu’elle vendra. Si l’entreprise fixe un prix trop élevé, elle risque de faire face à une demande trop faible ; en revanche, pour un prix très bas, la demande des consommateurs a toutes les chances d’être élevée, mais alors la marge bénéficiaire sera faible. L’entreprise peut même être amenée à réaliser des pertes (son profit est dans ce cas négatif) si son chiffre d’affaires devient inférieur à son coût total. L’entreprise doit donc déterminer le prix qui lui apporta le profit le plus important.

Question 2.4 Complétez le tableau

Faites les calculs nécessaires pour compléter le tableau suivant.

Prix (€) Quantité demandée Chiffre d’affaires (€) Coût total (€) Profit global (€)
1 100000 1 1 100 000 750 000 350 000
1 050000 2 2 100 000 950 000
1 000000 3 3 000 000 1 101 000 1 899 000
950 000 4 1 222000 2 578 000
900 000 5 4 500 000 1 365 000 3 135 000
850 000 6 5 100 000 1 539 000 3 561 000
800 000 7 5 600 000 1 750 000 3 850 000
750 000 8 6 000 000 2 000 000 4 000 000
700 000 9 6 300 000 2 295 000 4 005 000
650 000 10 6 500000 2 635 000 3 865 000
600 000 11 6 600 000 3 025 000
550 000 12 6 600 000 3 465 000 3 135 000
500 000 13 3 965 000 2 535 000
450 000 14 6 300 000 4 536 000 1 764 000
400 000 15 6 000 000 5 190 000 810 000
350 000 16 5 600 000 5 928 000 −328 000
300 000 17 5 100 000 6 766 000
250 000 18 4 500 000 7 704 000 −3 204 000
200 000 19 8 759 000 −4 959 000
150 000 20 3 000 000 9 940 000 −6 940 000

Notes : (1) La quantité demandée dépend du prix ; (2) Le chiffre d’affaires est égal à la quantité demandée multipliée par le prix ; (3) Le profit global est égal au chiffre d’affaires moins le coût total.

Après avoir complété le tableau, déterminez le prix de vente de vos avions que vous avez intérêt à fixer.

Vous avez intérêt à fixer un prix de 700 000 euros. En effet, ce prix vous permettra de vendre neuf avions et de réaliser un profit de 4 005 000 euros. 4 005 000 euros est le profit maximal que vous pouvez obtenir.

Exercice 2.8 Maximisation du profit de Super Jets

Comment expliquer que votre entreprise maximise son profit pour un prix de 700 000 euros et une quantité de neuf avions et pas pour une autre combinaison prix-quantité ?

Question 2.5 Complétez le texte

À l’aide du tableau suivant, remplissez le texte pour montrer l’intérêt pour votre entreprise de baisser son prix de 950 000 à 900 000 euros.

P = 950 000 € Q = 4 Recette = 3 800 000 €
P = 900 000 € Q = 5 Recette = 4 500 000 €
Variation du prix = − 50 000 € Variation de la quantité = +1 Variation de la recette = + 700 000 €
     
Gain de recettes permis par le 5e avion   900 000 €
Perte de recettes due à la baisse du prix de 50 000 €   − 200 000 € (sur les 4 autres avions)
Recette marginale du 5e avion   700 000 €
Coût marginal du 5e avion   143 000 €
Profit marginal du 5e avion   557 000 €

Pour un prix de  euros, votre entreprise vend 4 avions (quantité demandée) et donc son chiffre d’affaires est de  euros. Baisser votre prix de 50 000 € vous permettrait de vendre un 5e avion pour une recette globale de  euros (désormais 5 avions – et non plus 4 – seraient vendus, pour 900 000 euros par avion). Cette baisse du prix entraîne, pour votre entreprise, un chiffre d’affaires supplémentaire de  euros. En effet, à la recette supplémentaire de 900 000 euros auquel le 5e appareil va être vendu il faut retrancher  euros puisque les 4 avions vendus initialement à 950 000 euros ne sont plus vendus qu’à 900 000 euros, ce qui représente un manque à gagner de 200 000 euros par rapport à la situation précédente.

La recette marginale du 5e avion est donc de  euros. Le coût marginal de fabrication du 5e avion est de  euros. Dès lors le profit marginal permis par le 5e avion est de  euros. Votre entreprise a donc intérêt à baisser son prix. Son profit global augmente de 557 000 euros et passe de  euros à  euros.

Question 2.6 Complétez le tableau

Faites les calculs nécessaires pour compléter le tableau suivant.

Prix (€) Quantité demandée Chiffre d’affaires (€) Recette marginale (€) Coût marginal (€) Profit marginal (€)
750 000 8 6 000 000 400 000 250 000 150 000
700 000 9 6 300 000 300 000 5 000
650 000 10 6 500 000 200 000 340 000

Notes : (1) Le chiffre d’affaires est égal à la quantité demandée multipliée par le prix ; (2) La recette marginale est égale à la variation du chiffre d’affaires pour une quantité supplémentaire produite.

Après avoir complété le tableau, montrez que votre entreprise a intérêt à fixer un prix de 700 000 euros au lieu de 750 000 euros, mais que vous n’avez pas intérêt à fixer un prix de 650 000 euros.

Votre entreprise, en vendant ses avions à 700 000 euros, pourrait vendre neuf avions au lieu de huit si vous aviez décidé de fixer votre prix de vente à 750 000 euros. Votre recette marginale s’établirait à 300 000 euros. Vous gagnez 700 000 euros sur le 9e avion vendu, mais vous perdez 400 000 euros pour les huit premiers avions vendus désormais 700 000 euros au lieu de 750 000 euros. Le coût marginal du 9e avion étant de 295 000 euros, celui-ci vous rapporte plus qu’il ne coûte et votre entreprise a intérêt à baisser ses prix et passer d’un prix de vente de 750 000 euros à 700 000 euros.

Mais si votre entreprise poursuivait cette baisse des prix jusqu’à 650 000 euros, vous vendriez un 10e avion. Cependant, votre recette marginale ne serait que de 200 000 euros (650 000 euros sur le 10e avion vendu, mais 450 000 euros en moins pour les neuf premiers avions), alors que le coût marginal de production du 10e avion est de 340 000 euros. Celui-ci rapporterait à votre entreprise moins qu’il ne lui coûterait et votre entreprise n’a donc pas intérêt à baisser son prix.

C’est bien l’entreprise qui fixe elle-même le prix des avions en situation de monopole. Finalement, quel prix suggéreriez-vous pour un avion de Supers Jets ?

L’entreprise a intérêt à fixer le prix de ses jets à 700 000 euros pièce. C’est pour ce prix de vente que son profit sera maximal.

Pourquoi l’équilibre du monopole n’est-il pas efficace ?


Objectifs : Montrer à partir d’une situation de concurrence que le monopole conduit à un prix plus élevé et à une quantité moindre comparativement à ce qui résulte de la concurrence parfaite. Montrer les effets d’une situation de monopole sur le surplus du consommateur, sur le surplus du producteur et sur le surplus collectif.

L’effet du monopole sur le prix et la quantité

Sur le Graphique 2.4, on reprend l’exemple de votre entreprise Super Jets pour pouvoir comprendre l’effet d’une situation de monopole sur le prix de vente et sur la quantité demandée par rapport à une situation de concurrence pure et parfaite.

Les équilibres en concurrence parfaite et en monopole.

Graphique 2.4 Les équilibres en concurrence parfaite et en monopole.

L’équilibre en concurrence parfaite

Si Super Jets partage le marché d’avions avec plusieurs d’autres entreprises, l’ensemble des entreprises sur ce marché sont des price takers. L’équilibre du marché dépend donc de la courbe de demande et serait atteint pour P* = 500 000 € et Q* = 13 jets.

Graphique 2.4a

Les équilibres en concurrence parfaite et en monopole

En revanche, si Super Jets opère dans une situation de monopole, elle est price maker. Elle peut donc choisir le prix et la quantité qui maximisent son profit. Pour Supers Jets, l’équilibre s’établit à P* = 700 000 € et Q* = 9 jets.

Graphique 2.4b

Le monopole s’accompagne d’une production moins importante d’avions que celle qui prévaut sur un marché en concurrence. De plus, chaque avion est vendu plus cher en situation de monopole que sur un marché en concurrence. La concurrence est donc une situation plus efficace en termes de quantités comme de prix.

Puisque le jet privé n’est pas un bien de première nécessité, un prix élevé et une production réduite ne remettent pas en cause les droits fondamentaux des citoyens. La situation est très différente lorsqu’il s’agit de l’accès à l’eau ou à l’électricité.

L’eau et l’électricité exigent de construire des réseaux importants (coûts fixes) et les structures de marché sont donc des monopoles naturels. Pour éviter que le producteur ne fixe des prix trop élevés et ne réduise les quantités produites, les pouvoirs publics interviennent en offrant eux-mêmes ces services ou en créant une situation de concurrence.

L’effet du monopole sur le surplus

Une situation de monopole a également des effets sur le surplus du consommateur, sur le surplus du producteur et sur le surplus collectif.

Revoir dans le glossaire les notions de surplus du consommateur, de surplus du producteur et de surplus total.

Question 2.7 Choisissez les bonnes réponses

Le graphique suivant montre le surplus du consommateur en situation de monopole et de concurrence parfaite.

À l’aide de ce graphique, lesquelles des affirmations suivantes sont correctes ?

  • A représente le surplus en situation de monopole.
  • B représente le surplus en situation de concurrence parfaite.
  • B représente le surplus en situation de monopole.
  • A + B représente le surplus en situation de concurrence parfaite.
  • En situation de monopole, le surplus du consommateur est représenté par la zone A.
  • B représente la perte de surplus que les consommateurs connaissent en passant d’une situation de concurrence parfaite à une situation de monopole.
  • B représente la perte de surplus que les consommateurs connaissent en passant d’une situation de concurrence parfaite à une situation de monopole.
  • En situation de concurrence parfaite, le surplus du consommateur est représenté par la zone A + B.

En situation de monopole, le surplus du consommateur est très réduit du fait de la hausse des prix, qui exclut des demandeurs qui auraient été prêts à acheter un jet à un prix inférieur.

Question 2.8 Choisissez les bonnes réponses

Le graphique suivant montre le surplus du producteur en situation de monopole et de concurrence parfaite.

À l’aide de ce graphique, lesquelles des affirmations suivantes sont correctes ?

  • C représente le surplus du producteur en situation de monopole.
  • E représente le surplus du producteur en situation de concurrence parfaite.
  • C + D représente le surplus du producteur en situation de monopole.
  • D + E représente le surplus du producteur en situation de concurrence parfaite.
  • C représente l’augmentation du surplus du producteur qui est due à la hausse du prix de chaque jet. C est une aire supérieure à E, le surplus augmente donc.
  • E représente la baisse du surplus du producteur qui est due à la baisse des quantités vendues. E est une aire inférieure à C, le surplus augmente donc malgré tout.
  • C + D représente le surplus du producteur en situation de monopole, il est supérieur au surplus en situation de concurrence parfaite.
  • D + E représente le surplus du producteur en situation de concurrence parfaite. Il est inférieur au surplus en situation de monopole.

En situation de monopole, le surplus du producteur est plus élevé, car le prix a été fixé pour maximiser les profits de l’entreprise en monopole même si elle vend moins d’avions.

Un producteur en situation de monopole accroît donc son surplus par rapport à la concurrence parfaite. Cependant, puisque ce surplus supplémentaire du producteur est acquis au détriment du consommateur, il faut se demander s’il compense la perte de surplus du consommateur, et donc si le surplus total a augmenté pour l’ensemble des acteurs du marché.

Question 2.9 Choisissez les bonnes réponses

Le graphique suivant montre le surplus total en situation de monopole et de concurrence parfaite.

À l’aide de ce graphique, lesquelles des affirmations suivantes sont correctes ?

  • A représente le surplus total en situation de concurrence parfaite.
  • A représente le surplus total en situation de monopole.
  • B représente le surplus total en situation de concurrence parfaite.
  • A + B représente le surplus total en situation de concurrence parfaite.
  • A représente le surplus total en situation de monopole qui est réduit, car la hausse du surplus du producteur ne compense pas la forte baisse du surplus du consommateur.
  • A représente le surplus total en situation de monopole qui est réduit, car la hausse du surplus du producteur ne compense pas la forte baisse du surplus du consommateur.
  • L’aire B représente la perte sèche, c’est-à-dire la diminution du surplus total obtenue lors du passage de la concurrence parfaite au monopole.
  • A + B représente le surplus total en situation de concurrence parfaite qui est supérieur à celui de la situation de monopole, car le surplus du consommateur est nettement supérieur et compense largement le moindre surplus du producteur.
perte sèche
Perte du surplus total du consommateur et du producteur qui découle d’une situation de monopole. Voir également : monopole, surplus du consommateur, surplus du producteur.

En situation de monopole, le surplus total est nettement diminué : le surplus du producteur n’a donc pas compensé la perte du surplus du consommateur. Il s’agit d’une perte sèche (c.f. Zone B dans le graphique de Question 2.9). L’inefficacité de la production en situation de monopole n’est donc pas seulement due à la moindre quantité produite et au prix plus élevé mais également à une perte sèche (moindre surplus total pour les agents présents sur le marché, producteurs et consommateurs cumulés).

Synthèse

On observe que, en situation de monopole, l’entreprise est en mesure de fixer les quantités produites et échangées ainsi que le prix. L’entreprise a alors intérêt à produire toute quantité supplémentaire qui lui permettra d’accroître son niveau de profit. Ce qui est le cas tant que cette unité supplémentaire occasionne une recette marginale supérieure au coût marginal. Au-delà, pour toute quantité supplémentaire qui entraînerait une perte, l’entreprise n’a pas intérêt à produire cette quantité supplémentaire.

On observe que, par rapport à l’équilibre qui prévaudrait en concurrence parfaite, en présence d’un monopole, les quantités offertes sont inférieures et les prix plus élevés. Les offreurs bénéficient de cette situation, car le surplus du producteur augmente. Cependant, le surplus du consommateur diminue beaucoup plus, ce qui entraîne un surplus total moindre pour l’ensemble des participants à l’échange. L’équilibre de monopole est donc inefficace par rapport à celui qui résulterait de la concurrence parfaite.

2.4 Quelles sont les caractéristiques d’une situation d’oligopole ?

Qu’est-ce qu’un oligopole ?


Objectif : Définir l’oligopole comme structure de marché et au sens d’une entreprise.

Dans la Section 1.2, nous avons utilisé une vidéo présentant les hypothèses de la concurrence parfaite (vidéo de la Cité de l’économie présentant la concurrence). Nous allons la visionner de nouveau pour définir et illustrer les situations d’oligopoles.

Exercice 2.9 Situations d’oligopoles

Après avoir regardé la vidéo « La concurrence », répondez aux questions suivantes :

  1. Pourquoi le prix de la zoupette est-il plus élevé en situation d’oligopole ?
  2. Pourquoi l’atomicité n’est-elle pas vérifiée dans une structure de marché d’oligopole ?
  3. Pourquoi, dans une situation d’oligopole, la libre entrée sur le marché n’est-elle pas souvent vérifiée ?
  4. Quel est le risque lié à une entente sur les prix au sein d’un oligopole ?
  5. Expliquez le rôle des pouvoirs publics (appelés législateur dans la vidéo) au niveau de la régulation de la concurrence.

Rappelons qu’un oligopole correspond à une structure de marché caractérisée par deux critères, à savoir un petit nombre de producteurs face à une infinité de demandeurs et des producteurs qui vendent des produits identiques ou différenciés. Un producteur présent sur un tel marché est appelé un oligopoleur.

Pour illustrer une situation d’oligopole, on peut citer l’exemple de producteurs qui s’entendent ou au contraire un marché qui se caractérise par une concurrence intense (le marché des chaînes d’hypermarchés ou les fabricants de smartphones, par exemple).

Pour terminer la présentation de cette structure de marché, étudions un texte présentant le marché de la téléphonie mobile en France.

La concurrence au sein du marché de la téléphonie mobile

En décembre 2005, les entreprises Orange, SFR et Bouygues Télécom sont condamnées pour s’être mises d’accord entre 2000 et 2002 pour geler leurs parts de marché respectives et avoir régulièrement échangé des informations stratégiques entre 1997 et 2003.

Selon l’Autorité de la concurrence, « les trois opérateurs se sont entendus afin de stabiliser l’évolution de leurs parts de marché entre 2000 et 2002 ». La société Orange écope de la plus grosse amende avec 256 millions d’euros, suivie de SFR avec 220 millions d’euros et, enfin, Bouygues Télécom avec 58 millions d’euros.

Orange détient alors 47,3 % de parts de marché, devant SFR (35,8 %) et Bouygues Télécom (16,9 %). Lorsqu’un marché ne compte qu’un petit nombre d’entreprises, on parle d’oligopole ou de marché oligopolistique.

Les élèves peuvent approfondir l’étude de ce cas particulier par la lecture d’articles sur le site de l’Autorité de la concurrence.

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Exercice 2.10 Le marché de la téléphonie mobile en France

  1. Relevez dans le texte des éléments chiffrés montrant que le marché de la téléphonie mobile en France est bien un oligopole.
  2. Pourquoi les entreprises citées dans le texte ont-elles été condamnées ?
  3. Quels sont les risques pour les consommateurs et pour les autres producteurs du même secteur d’activité de telles stratégies sur un marché en situation d’oligopole ?

L’étude de ce texte nous permet de constater que les entreprises en oligopole peuvent former des ententes. Nous allons en présenter les raisons dans le questionnement qui suit.

Pourquoi les firmes en oligopole ont-elles intérêt à former des ententes ?


Objectifs : Connaître le dilemme du prisonnier dans sa version théorique, indépendamment de la situation d’oligopole. Le modèle microéconomique de la théorie des jeux sera présenté de manière simple. Comprendre, qu’en l’absence de coopération des firmes, l’oligopole présente un dilemme du type du prisonnier qui peut conduire à un résultat sous-optimal. Comprendre que l’entente permet aux firmes de prendre une décision qui leur est favorable individuellement et collectivement.

Le dilemme du prisonnier dans sa version théorique


Objectif : Connaître le dilemme du prisonnier dans sa version théorique, indépendamment de la situation d’oligopole.

En situation d’oligopole, les entreprises présentes sur ce marché sont en situation d’interdépendance et leurs décisions influencent leurs profits respectifs. En effet, les oligopoleurs jouent un « jeu » dans lequel le profit de chacun dépend de ses propres décisions, mais aussi de celles des autres agents économiques en présence.

La théorie des jeux

théorie des jeux
Étude des comportements en situation d’interdépendance. Voir également : dilemme du prisonnier, meilleure réponse, stratégie dominante.

Rappelons que l’étude de ces jeux et stratégies est appelée théorie des jeux et qu’elle a des applications en économie, mais également en sciences politiques, en sciences sociales et même dans le domaine militaire (exemples de la course à l’armement entre les États-Unis et l’URSS pendant la guerre froide ou de la course à l’armement nucléaire entre l’Inde et le Pakistan plus récemment). L’étude des comportements en situation d’interdépendance est appelée théorie des jeux.

Quelles questions se poser ?

  • Les joueurs en présence : qui interagit avec qui ?
  • Les stratégies possibles : quelles actions sont possibles pour les joueurs ?
  • L’information : ce que chaque joueur sait quand il prend sa décision.
  • Les gains : quels seront les résultats pour chaque combinaison possible d’actions ?

Présentons maintenant le dilemme du prisonnier dans sa version théorique.

Le nom de ce jeu vient d’une histoire fictive à propos de deux complices d’un crime arrêtées par la police (nous les appelons Thelma et Louise). La police a suffisamment de preuves pour les condamner toutes les deux à une peine d’un an de prison. On sait qu’elles ont commis un crime plus grave qui les condamnerait à une peine plus lourde (entre cinq et dix ans de prison), mais la police n’a pas les preuves de ce crime.

La police doit obtenir les aveux d’au moins l’une des deux filles, et, à cette fin, elle les place dans des bureaux séparés et leur présente la situation de cette façon.

Thelma et Louise ne peuvent pas communiquer entre elles avant de prendre leur décision ; elles ne savent pas ce que décidera l’autre. Ainsi, chacune d’elle va élaborer une stratégie, car leur condamnation ou libération ne dépend pas seulement de leurs propres actions, mais également des actions de l’autre.

On peut résumer la situation de cette façon : il est dans l’intérêt commun des deux prisonnières de ne pas avouer et il est dans l’intérêt individuel de chacune d’avouer.

gain
Dans la théorie des jeux, il s’agit du bénéfice de chaque joueur en fonction des actions conjointes de l’ensemble des joueurs.
matrice des gains
Moyen de représenter un jeu sous forme stratégique par un tableau indiquant les gains (ou paiements) associés à chaque action en fonction des actions de l’autre joueur. Voir également : dilemme du prisonnier.

La matrice des gains

Le Tableau 2.2 montre les gains pour Thelma et Louise dans chacune des quatre situations hypothétiques – la condamnation qu’elles recevraient si les actions hypothétiques de chaque ligne et colonne étaient décidées – en utilisant une forme standard appelée une « matrice des gains ». Le terme de matrice désigne simplement n’importe quel tableau rectangulaire de nombres (ici, un carré). Le nombre en bas à gauche de chaque case est la condamnation reçue par le joueur en ligne, le nombre en haut à droite est la condamnation reçue par le joueur en colonne. Les gains sont écrits en termes de nombre d’années de prison. Finalement, si chaque prisonnière agit rationnellement dans son propre intérêt, les deux avoueront. Mais si aucune des deux n’avoue, elles auront toutes les deux une peine de prison.

Matrice des gains : Thelma vs Louise.

Tableau 2.2 Matrice des gains : Thelma vs Louise.

Adapté de la Figure 4.4 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Activité complémentaire : l’oligopole, un cas type de dilemme du prisonnier

stratégie dominante
Dans la théorie des jeux, il s’agit de l’action qui donne à un joueur le gain le plus élevé, indépendamment des actions des autres joueurs. Voir également : meilleure réponse.
meilleure réponse
Dans la théorie des jeux, il s’agit de la stratégie qui donne au joueur le gain le plus élevé compte tenu des stratégies choisies par les autres joueurs. Voir également : stratégie dominante.

Pour prédire le résultat d’un jeu, nous devons faire appel à un autre concept : la meilleure réponse. Il s’agit de la stratégie qui donnera au joueur le gain le plus élevé, étant donné les stratégies menées par les autres joueurs. Dans le cas où cette stratégie est toujours la même, quel que soit le choix des autres joueurs, nous parlons d’une stratégie dominante.

Sur le Tableau 2.3, on suit Thelma et Louise lorsque chacune d’entre elles élabore sa stratégie en fonction de l’éventuelle stratégie de l’autre.

Tableau 2.3 Le dilemme de prisonnier : Thelma vs Louise.

Adapté de la Figure 4.4 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Trouvez les meilleures réponses de Thelma

Débutez avec Thelma (joueur en ligne) et demandez-vous : « Quelles seraient ses meilleures réponses aux différentes décisions de Louise (joueur en colonne) ? »

Tableau 2.3a

Les meilleures réponses de Thelma

Si Louise choisit Nier, Thelma doit jouer Accuser, car cela lui donne 0 au lieu de 1. Si Louise choisit Accuser, Thelma doit également jouer Accuser, car cela lui donne 5 au lieu de 10. Quel que soit le choix de Louise, la meilleure réponse de Thelma est Accuser. Accuser est donc une stratégie dominante pour Thelma.

Tableau 2.3b

Trouvez les meilleures réponses de Louise

Passez à Louise et demandez-vous : « Quelles seraient ses meilleures réponses aux différentes décisions de Thelma ? »

Tableau 2.3c

Les meilleures réponses de Louise

Si Thelma choisit Nier, Louise doit jouer Accuser, car cela lui donne 0 au lieu de 1. Si Thelma choisit Accuser, Louise doit également jouer Accuser, car cela lui donne 5 au lieu de 10. Quel que soit le choix de Thelma, la meilleure réponse de Louise est Accuser. Accuser est également une stratégie dominante pour Louise.

Tableau 2.3d

Trouvez le résultat du dilemme

Maintenant demandez-vous : « Quel est le résultat de ce dilemme de prisonnier ? »

Tableau 2.3e

Le résultat du dilemme

Thelma et Louise joueront leur stratégie dominante qui est Accuser. Par conséquent, elles écopent toutes les deux d’une peine de prison de cinq ans.

Tableau 2.3f

Finalement, grâce à ce jeu, nous pouvons comprendre que, dans un dilemme du prisonnier, les deux joueurs ont une stratégie dominante (dans cet exemple, Accuser) qui, lorsqu’elle est choisie par les deux, génère une condamnation plus lourde (cinq ans de prison chacune). En revanche, si les deux joueurs avaient adopté une stratégie différente (dans cet exemple, Nier), la peine de prison obtenue aurait été plus légère pour les deux joueurs.

Coopération ou défection

Rappelons que l’histoire mettant en scène Thelma et Louise est fictive, mais ce jeu s’applique à de nombreuses situations réelles. Dans les exemples économiques, la stratégie mutuellement bénéfique (Nier) est généralement appelée « coopération », alors que la stratégie dominante (Accuser) est appelée « défection ». Coopérer ne signifie pas que les joueurs se réunissent pour décider de ce qu’ils font. Les règles du jeu imposent toujours que chaque joueur choisisse sa stratégie de façon indépendante.

Nous allons justement dans le questionnement suivant étudier le comportement des oligopoleurs en cas d’absence de coopération entre eux.

Activité complémentaire 


Objectifs : Comprendre que, en l’absence de coopération des firmes, l’oligopole présente un cas type de dilemme du prisonnier, qui peut conduire à un résultat sous-optimal. Comprendre que l’entente permet aux firmes de prendre une décision qui leur est favorable individuellement et collectivement.

Nous pouvons effectivement nous poser la question suivante : quel est le rapport entre le dilemme du prisonnier, les marchés et la concurrence imparfaite ?

Prenons deux exemples d’entreprises, Orange et SFR, qui offrent des services similaires sur le marché de la téléphonie mobile en France. Ces deux entreprises en oligopole doivent choisir une stratégie de prix qui leur permet d’exploiter au mieux leur pouvoir de marché.

Elles tentent de ce fait de pratiquer des prix élevés (stratégie de coopération). Chacune réalise alors un profit de 10 millions d’euros par mois.

Si l’une des deux entreprises choisit de pratiquer sur ce marché un prix plus faible, donc plus compétitif (stratégie de défection), elle attire une clientèle plus importante et sa concurrente réalise moins de profits. Supposons que son profit s’élève à 12 millions d’euros et celui de l’entreprise concurrente à 7 millions.

Si les deux entreprises fixent des prix faibles, le profit de chacune est de 8 millions d’euros.

Ici, la stratégie de bas prix s’apparente à la défection entre prisonniers et le prix élevé s’apparente à la coopération.

Les gains du jeu sont indiqués dans le Tableau 2.4.

Dilemme du prisonnier : Orange vs SFR.

Tableau 2.4 Dilemme du prisonnier : Orange vs SFR.

Notes : Les gains sont exprimés en millions de profit. Adapté de la Figure 4.4 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.

Orange et SFR sont toutes les deux conscientes de ces gains possibles sur le marché. En conséquence, elles savent que leur gain ne dépendra pas uniquement de leur choix, mais aussi du choix de l’autre entreprise. Il s’agit d’une interaction stratégique.

On peut alors se poser la question suivante : comment vont-elles jouer ?

Pour répondre à cette question, nous pouvons utiliser la même méthode que celle dans l’exemple de Thelma et Louise.

Meilleures réponses de SFR :

Défection est donc la stratégie dominante de SFR.

Vous pouvez vérifier, de la même manière, que Défection est aussi une stratégie dominante pour Orange.

Puisque Défection est la stratégie dominante pour les deux joueurs, nous prédisons que les deux joueurs l’utiliseront.

Les entreprises Orange et SFR reçoivent toutes les deux, selon cette stratégie, des gains de 8 millions.

Comme dans le cadre du dilemme du prisonnier, les entreprises ont adopté la stratégie qui leur procure le gain minimal.

Un aspect de jeu du dilemme du prisonnier nous a conduit à prédire un résultat défavorable dans l’interaction entre SFR et Orange : elles ne pouvaient pas se mettre d’accord en amont sur ce que chacune ferait.

En revanche, si les deux entreprises ne respectaient pas cette règle du jeu, elles choisiraient ensemble une stratégie de coopération, car elle permet des gains plus élevés (10 millions, soit un gain de 2 millions par rapport à une stratégie de défection).

Synthèse

Ce raisonnement permet d’expliquer, en ajoutant une troisième entreprise, par exemple Bouygues Télécom, que des entreprises en situation d’oligopole cherchent à s’entendre. En effet, quand des entreprises en situation d’oligopole savent qu’elles sont concurrentes sur une longue période, elles en arrivent à la conclusion que même si elles n’ont aucun moyen de faire appliquer un accord pour limiter la production et augmenter les prix, elles adoptent un comportement d’entente. Il est dans leur intérêt personnel de coopérer et de chercher à former des ententes.

2.5 Comment justifier la politique de la concurrence ?


Objectif : Identifier les objectifs de la politique de la concurrence.

En quoi la politique de la concurrence consiste-t-elle ?

La libre concurrence ne signifie pas l’absence de règles, la liberté totale pour les entreprises. Si, dans les pays à économie de marché, les entreprises disposent de marges de manœuvre significatives, leurs stratégies sont encadrées par un ensemble de normes juridiques destinées à éviter que la concurrence ne soit limitée ou faussée. Leur activité est encadrée, contrôlée, notamment afin que les consommateurs ne soient pas lésés.

Définir ces règles du jeu concurrentiel, contrôler leur application, sanctionner les comportements déviants ou illégaux, tel est l’objet de la politique de la concurrence, participant de la fonction économique d’allocation des ressources.

La politique de la concurrence est une politique économique structurelle qui vise à limiter le pouvoir de marché des entreprises.

La politique économique structurelle agit sur les structures économiques et sur les comportements des agents économiques à moyen ou long terme.

Cette politique s’est développée selon des temporalités différentes à travers le monde. Elle a été très précoce aux États-Unis où la puissance acquise par certaines grandes entreprises a conduit à la mise en place d’un arsenal législatif dès la fin du 19e siècle (Sherman Act, 1890 ; Clayton Act, 1914) ; elle n’est encore qu’embryonnaire aujourd’hui dans beaucoup de pays émergents et en développement. Dans les pays européens, elle ne s’est réellement imposée que sous l’impulsion de la construction communautaire à partir des années 1950. C’est une compétence européenne depuis le Traité de Rome de 1957. Le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) définit aujourd’hui les principes du droit de la concurrence en vigueur dans les pays membres, la compétence pour leur mise en œuvre étant partagée entre la Commission européenne et les autorités nationales (en France, l’Autorité de la concurrence, autorité administrative indépendante, et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes – DGCCRF –, qui relève du ministère de l’Économie et des Finances).

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le site de la Commission européenne ou celui de la DGCCRF.

La politique de la concurrence s’exerce selon plusieurs modalités.

Contrôler la structure du marché « ex ante »

Dans une logique de prévention, les autorités de la concurrence contrôlent la structure du marché ex ante (avant que des opérations de fusion-acquisition d’entreprises n’aient lieu) en surveillant les opérations de concentration. La concentration désigne le processus par lequel la taille des entreprises augmente tout en s’accompagnant d’une baisse du nombre d’entreprises.

fusion-acquisition
Rachat d’une entreprise par une autre, que ces deux entreprises soient similaires, complémentaires ou distinctes. Il s’agit pour les entreprises d’accroître par ce biais leur chiffre d’affaires et leur profit. Voir également : profit.

Ainsi en février 2019 la Commission européenne a rejeté le projet de fusion-acquisition entre Alstom et Siemens dans lequel il était prévu que Siemens puisse acquérir 50,5 % du capital de l’entreprise au bout de quatre ans. Ce projet devait déboucher sur la création d’un champion européen dans le secteur ferroviaire avec le soutien des pouvoirs publics français et allemands face à la concurrence internationale, notamment celle de la Chine5.

La Commission a interdit la concentration parce que l’entité issue de la fusion serait devenue le « leader incontesté » sur les marchés des systèmes de signalisation et des trains à très grande vitesse (TGV). Une telle situation aurait porté atteinte à la concurrence et procuré un pouvoir de marché à l’entreprise (C.f. Section 2.2).

Lors de sa conférence de presse, le 6 février 2019, la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a repoussé l’argument d’une menace liée à la concurrence chinoise en arguant qu’aucun fournisseur chinois n’avait jusqu’ici participé à une offre publique en Europe pour vendre sa signalisation ni fourni un train à très grande vitesse hors de Chine. Il n’y aurait aucune perspective d’entrée des producteurs chinois sur le marché européen dans un futur proche. La Commission a aussi interdit la concentration parce que les entreprises n’étaient pas disposées à remédier aux importants problèmes de concurrence relevés par la Commission européenne. Selon celle-ci, en l’absence de mesures compensatoires suffisantes, cette concentration aurait entraîné une hausse des prix pour les systèmes de signalisation qui assurent la sécurité des passagers et pour les futures générations de trains à très grande vitesse. Selon Margrethe Vestager, le rapprochement entre Alstom et Siemens aurait réduit le nombre d’industriels concurrents dans l’Union européenne, ce qui aurait risqué de faire augmenter les prix des trains pour les compagnies ferroviaires et le prix des billets pour les consommateurs6.

Question 2.10 Choisissez les bonnes réponses

Parmi les affirmations suivantes, lesquelles sont les arguments de la Commission européenne pour refuser la fusion entre Alstom et Siemens ?

  • Cela aurait permis de créer une très grande entreprise capable de résister à la concurrence mondiale.
  • Cela aurait réduit le nombre d’industriels concurrents sur ce marché.
  • La concurrence aurait été maintenue puisque Siemens n’aurait acheté que 50,5 % des actions d’Alstom.
  • La taille de ce nouveau « champion européen » l’aurait rapproché du monopole et lui aurait attribué un fort pouvoir de marché.
  • Il existe des concurrents dans le monde, notamment chinois, mais la Commission considère qu’ils ne sont pas présents sur le marché européen.
  • En effet, cette fusion-acquisition est une opération de concentration qui conduit à une hausse de la taille de l’entreprise et à une baisse du nombre d’entreprises sur le marché.
  • Si Siemens avait acheté 50,5 % des actions d’Alstom, le groupe n’aurait plus eu qu’un centre de décision et il n’y aurait plus eu de concurrence entre Siemens et Alstom.
  • En effet, ce « champion européen » se serait procuré un pouvoir de marché qui aurait risqué de conduire à une hausse des prix au détriment des compagnies ferroviaires et des consommateurs.

Surveiller les marchés « ex post »

Les objectifs de la politique de la concurrence répondent aussi à une logique répressive. Elle surveille alors la structure des marchés ex post (après que des opérations de concentration ont été autorisées), ce qui consiste à :

position dominante
Position de puissance économique détenue par une entreprise qui lui permet de se comporter indépendamment de ses concurrents sur un marché donné. Voir également : degré de concurrence.
cartel
Forme d’entente entre entreprises en situation d’oligopole. Voir également : entente.

Les ententes et surtout les cartels, notamment de la drogue, ont récemment figuré dans plusieurs séries télé populaires américaines, dont Breaking Bad ou Narcos : Mexico. Grâce à Hollywood, ces séries télé nous donnent l’impression que ce genre de comportement est réservé aux criminels endurcis. Mais est-ce vraiment le cas ? C’est la question que nous vous proposons d’explorer dans la vidéo « En quoi la politique de concurrence est-elle importante pour les consommateurs ? ».

Exercice 2.11 Les cartels

Après avoir regardé la vidéo « En quoi la politique de concurrence est-elle importante pour les consommateurs ? », répondez aux questions suivantes :

  1. Qu’est-ce qu’un cartel ? Illustrez la notion à l’aide d’un exemple.
  2. Quels sont les effets pervers des cartels pour le consommateur ? Pour la société ?
  3. Comment la Commission européenne et les autorités de la concurrence luttent-elles contre les cartels ?

Ainsi, la politique de la concurrence lutte contre les ententes illicites qui limitent la concurrence. Il y a une collusion (ou une entente) quand plusieurs (au moins deux) entreprises passent un accord. Une telle entente est illicite si elle conduit les entreprises à fixer notamment les quantités produites et/ou les prix de vente afin de maximiser leurs profits. Le groupe d’entreprises qui agit ainsi forme un cartel.

Par exemple, au début des années 2000, les fabricants de produits nettoyants Unilever aux Pays-Bas, Procter and Gamble aux États-Unis et Henkel en Allemagne ont été accusés d’avoir constitué un cartel illégal. Sont notamment concernés Le Chat et Mir pour Henkel, Omo et Skip pour Unilever, Ariel et Bonux pour Procter and Gamble. Les entreprises s’étaient entendues pour se partager les parts de marché et ne pas baisser les prix quand la taille des paquets diminuait7. D’autres exemples ont été présentés dans la Section 2.1 de ce chapitre.

Cependant, toute entente n’est pas illicite : une entente entre une entreprise cliente et une entreprise fournisseur est, par exemple, licite.

La politique de la concurrence lutte aussi contre les abus de position dominante. Ces abus consistent, pour une entreprise ou un groupe d’entreprises présentes sur un marché, à adopter un comportement visant à éliminer, contraindre ou dissuader tout nouveau concurrent d’entrer sur ce marché ; ce qui fausse alors la concurrence. Pour qu’il y ait abus de position dominante, trois conditions doivent être réunies :

La position dominante donne à l’entreprise le pouvoir de faire obstacle au maintien d’une concurrence effective en adoptant des comportements déloyaux vis-à-vis de ses concurrents ou de ses clients : prix prédateurs, accords de vente exclusifs, pratiques visant à dissuader l’entrée des concurrents, primes de fidélité visant à détourner les fournisseurs de leurs concurrents. Cette concurrence déloyale a des effets néfastes pour les consommateurs : réduction de la variété des biens et services offerts, prix élevés, par exemple.

L’exploitation délibérée d’une position dominante pour restreindre la concurrence est donc sanctionnée par les autorités de la concurrence. Ainsi, le ministère américain de la Justice a accusé Microsoft d’agir à l’encontre de la concurrence en associant systématiquement son navigateur Internet Explorer à son système d’exploitation Windows.

Malgré la promesse de prix toujours plus bas, l’entreprise de grande distribution Walmart a été accusée d’abuser de son pouvoir, en faisant pression à la baisse sur les salaires des zones d’implantation de ses magasins, en poussant les petits détaillants à la faillite ou en réduisant les profits des fournisseurs à des niveaux intenables.

De même, Intel a profité de sa part de marché sur les microprocesseurs pour entraver la concurrence. Il a cherché à éliminer son principal concurrent AMD en accordant des rabais sous conditions à ses clients (fabricants d’ordinateurs), en contrepartie de leur fidélité exclusive ou quasi exclusive. Il a payé d’une part un grand distributeur pour qu’il commercialise exclusivement des ordinateurs utilisant ses processeurs, d’autre part les fabricants pour qu’ils empêchent le lancement d’ordinateurs équipés par AMD.

Enfin, l’entreprise russe Gazprom a été accusée par la Commission européenne de surfacturer le prix du gaz qu’elle fournissait à huit pays européens, parmi lesquels la Pologne, la Lituanie, la République tchèque et la Hongrie.

Question 2.11 Choisissez les bonnes réponses

Parmi les propositions suivantes, lesquelles correspondent à une situation d’abus de position dominante ?

  • Google profite de la suprématie de son système d’exploitation Android pour obliger les fabricants de smartphones à installer ses applications.
  • Apple a bénéficié d’avantages fiscaux accordés par l’Irlande.
  • Le laboratoire GlaxoSmithKline a vendu l’un de ses antibiotiques à un prix inférieur à ses coûts pour freiner l‘introduction de médicaments génériques dans les hôpitaux.
  • Les opérateurs Orange, SFR et Bouygues se sont réparti le marché de la téléphonie mobile en France.
  • Les fabricants installent prioritairement les applications de Google sur leurs smartphones, au détriment des concurrents de Google.
  • Il s’agit d’aides d’État et non d’un abus de position dominante.
  • Il s’agit d’une pratique de prix prédateurs, au détriment des producteurs de médicaments génériques.
  • Il s’agit d’une entente entre les opérateurs et non d’un abus de position dominante.


Le contrôle des aides d’État

La politique de concurrence, telle que menée ex post, s’installe également dans des situations où l’aide d’État empêche un juste niveau de concurrence auprès d’un marché donné. Nous vous proposons la vidéo « SNCM : 440 millions d’euros d’amendes qui font réagir syndicats et gouvernement » pour illustrer cette troisième raison de surveillance ex post des structures des marchés.

Exercice 2.12 L’aide d’état ayant un effet anticoncurrentiel

Après avoir regardé la vidéo « SNCM : 440 millions d’euros d’amendes qui font réagir syndicats et gouvernement », répondez aux questions suivantes :

  1. Quelle décision l’Union européenne a-t-elle prise à l’encontre de la SNCM ?
  2. Comment justifier cette décision ?

La politique de la concurrence contrôle également les aides d’État aux entreprises. Les États membres de l’Union européenne (UE) soutiennent parfois des entreprises ou des secteurs locaux à l’aide de subventions publiques. Cette aide donne aux bénéficiaires un avantage déloyal sur les mêmes secteurs dans d’autres pays de l’UE ou sur des entreprises étrangères concurrentes présentes sur le territoire national. Autrement dit, elle nuit à la concurrence et fausse les échanges commerciaux.

La Commission européenne a pour rôle d’empêcher ces situations, en n’autorisant les aides d’État que si elles servent réellement l’intérêt public, c’est-à-dire lorsqu’elles bénéficient à la société ou à l’économie dans son ensemble. C’est le cas des aides qui font suite à une catastrophe naturelle, des aides qui visent à favoriser le développement économique de régions dans lesquelles le niveau de vie est anormalement bas (aides en faveur de l’emploi, des PME, de la formation ou de l’environnement) ou des aides qui ont pour objectif de promouvoir la culture et la préservation du patrimoine.

Exercice 2.13 Modalités de la politique de la concurrence

Répondez aux questions suivantes en réfléchissant sur ce que vous venez d’apprendre.

  1. Pourquoi la politique de la concurrence existe-t-elle ?
  2. Quelles sont ses modalités ?

Quel est l’effet de la politique de la concurrence sur le surplus du consommateur ?


Objectif : Montrer que la politique de la concurrence permet d’augmenter le surplus du consommateur.

Une entreprise qui dispose d’un pouvoir de marché, par exemple l’entreprise Supers Jets déjà étudiée dans ce chapitre et le précédent, peut fixer un niveau de prix supérieur à celui qui se fixerait dans le cadre d’un marché concurrentiel (elle est price maker) et ainsi obtenir des profits élevés, au détriment des consommateurs.

Question 2.12 Choisissez les bonnes réponses

Le graphique suivant vous permet de visualiser les effets de la politique de la concurrence.

À l’aide de ce graphique, lesquelles des affirmations suivantes sont correctes ?

  • A représente le surplus du consommateur en l’absence de politique de concurrence.
  • B représente la partie de la perte sèche perdue par les consommateurs en l’absence de politique de concurrence.
  • C représente le surplus du consommateur accaparé par l’entreprise en l’absence de politique de concurrence.
  • A + B + C représente le surplus du consommateur en présence d’une politique de la concurrence.
  • Le surplus du consommateur correspond à la zone comprise entre la courbe de demande et la droite de prix (700 000 € en l’absence de politique de la concurrence).
  • La perte sèche des consommateurs correspond à la zone B + C.
  • Le surplus du consommateur accaparé par l’entreprise en absence de politique de concurrence correspond à la zone B.
  • Le surplus du consommateur correspond à la zone comprise entre la courbe de demande et la droite de prix (500 000 € en présence d’une politique de la concurrence).

Finalement, la politique de la concurrence permet d’augmenter le surplus du consommateur en contrôlant le marché ex ante et ex post, et les aides de l’État. Cette politique permet de revenir à un équilibre plus efficace de concurrence, en termes de quantité et de prix. Ainsi, la Commission européenne estime que les économies pour les consommateurs résultant des décisions d’interdiction d’ententes ont varié entre 6,8 et 10,2 milliards d’euros en 2016.

Synthèse

La politique de la concurrence a pour objectif de lutter contre le pouvoir de marché que certaines entreprises peuvent acquérir en situation de concurrence imparfaite. Elle consiste à contrôler la structure de marché ex ante en s’opposant aux opérations de concentration qui donneraient une position dominante à une entreprise ou à un groupe. Les autorités de la concurrence surveillent également les marchés ex post, en luttant contre les ententes et cartels, contre les abus de position dominante et en contrôlant les aides d’État. En instaurant ou en restaurant une libre concurrence, cette politique profite aux consommateurs, dont le surplus est plus élevé.

2.6 Conclusion

Tous les marchés ne se trouvent pas en situation de concurrence parfaite. En effet, les hypothèses d’atomicité du marché et de libre entrée ne sont pas toujours vérifiées sur certains marchés, ce qui octroie aux producteurs un pouvoir de marché, c’est-à-dire une capacité à fixer les prix ou les quantités. Il en est ainsi des monopoles qui sont faiseurs de prix et des oligopoles. Dans une situation d’oligopole, les offreurs ont intérêt à s’entendre plutôt qu’à se faire concurrence. Les pouvoirs publics sont conscients que les situations de concurrence imparfaite sont défavorables aux consommateurs, car elles conduisent, généralement, à une réduction de leur surplus. C’est pourquoi ils luttent contre les pouvoirs de marché au moyen de la politique de la concurrence.

Concepts introduits dans le Chapitre 2

Avant de continuer, revoyez ces définitions :

2.7 Références bibliographiques

  1. Commission nationale du débat public, « Projet de ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon (POCL) ». 

  2. L’Institut national de la propriété intellectuelle, « Comprendre le brevet ». 

  3. Le Groupe SEB, « L’histoire de SEB : pionnier innovateur ». 

  4. Autorité de la concurrence. « Entente sur le marché de la téléphonie mobile ». 

  5. ‘Fusion Alstom-Siemens : « l’entreprise sera française »’. BFM Business. Mis à jour le 23 mars 2018. 

  6. ‘Bruxelles refuse la fusion entre Alstom et Siemens’. La Tribune. Mis à jour le 6 février 2019. 

  7. ‘Cartel des lessives : trois fabricants sanctionnés’. L’Express. Mis à jour le 8 décembre 2011.